Les nouveaux défis du digital pour les banques et assurances

L’Observatoire Orange-Terrafemina tient un baromètre des pratiques des Français sur Internet. Consacré au développement des banques en ligne, la 15e édition de cette enquête s’interroge sur la digitalisation des services bancaires qui ouvre la porte à de nouveaux intermédiaires et à de nouveaux circuits, indépendants du monde de la banque. Après avoir anticipé, si ce n’est modelé, la demande des usagers en faveur de services bancaires dématérialisés, ce marché va-t-il finir par échapper aux banques ?

L’Observatoire Orange-Terrafemina publie depuis 2010 cinq rapports par an sur les nouvelles pratiques de consommation suscitées par le web. Ces études quantitatives et  qualitatives s’appuient sur une enquête réalisée par l’institut CSA complétée par les analyses de Web Lab – agence Treize articles et de la rédaction Terrafemina.

Pour la 15e vague de ce baromètre intitulée « Banques et assurances : prêts pour le tout digital ? », l’observatoire s’intéresse à la digitalisation des services bancaires et leur concurrence. Ont participé à ce rapport Frédéric Perrin, associé chez Exton Consulting, Laure de Tilly, Directrice Opérationnel Banque en ligne de BNP Paribas et Xavier Amouroux, responsable de la communication et du e-business chez BforBank.

Après avoir examiné les données du CSA sur le recours des Français aux services bancaires en ligne, un usage encore hésitant et concentré sur les jeunes générations et les cadres, l’étude de l’observatoire s’intéresse à l’étendue et aux formes de cette offre bancaire digitalisée.

Bien qu’aiguillonnées par l’apparition des premiers portes-feuilles électroniques, accompagnant le développement des boutiques en ligne, les banques ont rapidement basculé sur le web l’intégralité de leur offre de produits bancaires. Elles sont à l’origine de nombreux services innovants, de procédures simplifiées et exploitent si bien les technologies du web, qu’elles en viennent à distribuer des forfaits téléphoniques.

Ce faisant, c’est à présent le monde de l’industrie numérique qui distribue des services bancaires et financiers.

Des « banquiers » venus d’autres horizons commerciaux

Les moyens de paiement des boutiques en ligne

Dans un premier temps, la proposition de services financiers s’inscrivait dans le sillage du e-commerce et se justifiait pour faciliter et sécuriser les paiements en ligne. Paypal a ouvert la marche, suivi par amazonpayments ou encore Google wallet.

Des banques aux services gratuits, carte Visa compris

A côté de ces offres de portefeuilles électroniques, de nouveaux banquiers font leur apparition comme Simple aux États-Unis, une banque 100% online et 100% gratuite, fondée sur le principe qu’un client bon gestionnaire ne coûte rien mais rapporte.

Les réseaux sociaux et leur dispositif de crédits

Les réseaux sociaux initient également des modalités de paiement semblables au système des jetons d’une salle de jeu, comme les facebook Credits. Cela revient à une monnaie dématérialisée qui tourne en vase clos, uniquement valable entre les abonnés. Toutefois, l’expérience n’a duré qu’une année, Facebook étant revenu à la monnaie locale en 2012 de façon à faciliter de nouveaux partenariats.

Le m-banking dans les mains des opérateurs

Les opérateurs de téléphonie commencent à développer leur propre service de m-banking. C’est le cas de « Orange Money », un service de paiement mobile réservé aux pays d’Afrique et du Moyen-Orient. Conçu par Orange, il vise spécialement les populations faiblement bancarisées mais équipées en mobile.

Manifestement, la digitalisation des services bancaires ouvre la porte à de nouvelles possibilités, attisant la concurrence entre les établissements à l’avantage des usagers.

L’apparition de nouveaux modèles participatifs

Avec l’essor des réseaux sociaux, les transactions financières entre individus sont favorisées, mettant à l’écart les intermédiaires traditionnels pour préférer des solutions alternatives de finance participative.

En France, le financement participatif fait ses premiers pas sous l’aspect de la collecte de dons. Les plateformes de crowdfunding « KissKissBankBank » et « Ulule » présentent de nombreux projets d’entreprise et de nouveaux concepts, les donateurs recevant en échange des cadeaux. Les startups peuvent trouver un soutien sur Wiseed, une plateforme qui organise des votes sur des projets sélectionnés et permet aux investisseurs intéressés d’en devenir actionnaire.

De même, est encouragé le prêt entre particuliers, autrement dit le financement « peer to peer ». Progressivement, les réseaux sociaux reproduisent le système de la famille, première concurrente des organismes de crédit. L’essor de ces communautés réunissant investisseurs et emprunteurs est fondé sur le principe que le prêt entre particuliers rapporte plus à celui qui prête et coûte moins à celui qui emprunte.

Si aux États-Unis, cette solution alternative aux banques est pratiquée de façon absolue, c’est-à-dire sans l’intervention du moindre établissement financier, en France, les sites Prêts d’Union ou Friends Clear ont noué des partenariats bancaires et financiers afin de disposer de l’agrément de la Banque de France.

Fait également son apparition le micro-financement à taux 0%. Le site Babyloan, par exemple, propose des prêts solidaires pour des micro-entrepreneurs dans le monde entier, sans demander d’intérêt puisqu’il ne dispose pas du statut de banque.

Dans sa forme extrême, la digitalisation des services financiers aboutit à la dématérialisation de l’argent et l’avènement de monnaies cryptées : des monnaies virtuelles exclusivement valables dans des écosystèmes fermés. Ce qu’on appelle le « peer to peer banking » a vocation à se développer et il existe déjà le Bitcoin, utilisé par plus de 100 000 personnes dans le monde, permettant des échanges à distance entre eux et sans carte bancaire. La valeur d’échange dépend de la quantité de monnaie en circulation et les coûts de fonctionnement du réseau sont répartis ente les utilisateurs.

L’ensemble de ces solutions de finance participative intéresse les politiques qui cherchent à relancer l’économie par la consommation. Encourager le prêt entre particulier est d’ailleurs l’une des mesures récemment prises par le président des États-Unis.

Si nos gouvernants décident à leur tour de soutenir le crowdfunding, les banques devront analyser quelles en seront les conditions et quelles offres elles pourront développer en complément, si ce n’est acquérir ces nouveaux réseaux.

Encore marginales sur le marché français et européen, ces solutions alternatives, représentées par les plateformes de crowdfunding ou l’usage d’une monnaie virtuelle, évincent les structures traditionnelles et peuvent sérieusement faire de l’ombre à l’offre numérique des banques. Pour des institutions qui ont été motrices de l’évolution des usages bancaires, cette redistribution des cartes n’était peut-être pas attendue.